Touche pas à mon droit administratif !

Voila qu’une vive inquiétude a saisi ces derniers temps notre jeune équipe de blogueurs en herbe. Notre projet, pas encore lancé, connait déjà des lendemains qui déchantent. Il semblerait, selon quelques cris alarmistes parus cet été (1), que le créneau choisi pour l’avènement de ce blog, à savoir le droit public en général et le droit administratif en particulier, ne soit pas porteur.

On peut en effet lire sous la plume du professeur Fardet que le droit administratif ne fait plus recette au sein des parcours de licence. Que sous l’effet de la loi LRU et de l’autonomisation croissante des universités, les parcours de licence sont revus et corrigés au détriment du droit administratif… Ainsi d’une part au gré du renouvellement des parcours de licence, dans certaines universités, les travaux dirigés ne seraient plus que facultatifs. Et d’autre part, les enseignements de droit administratif spécial (droit administratif des biens, droit du contentieux administratif) seront facultatifs pour les étudiants de troisième année de licence.

Ainsi, à peine lancés, sommes-nous déjà passés de mode. Nous n’étions déjà pas très tendance, pas très « in ». Le droit administratif ne draine certes pas les foules. Tout au plus draine-t-il une réputation de matière rébarbative, à peine moins éreintante pour l’étudiant lambda que le cours de Finances publiques. Mais si les sentiments chez les étudiants étaient, suivant les personnalités, des plus contrastés face au droit administratif, les amphis mêlaient durant trois ans les étudiants de toutes tendances, pour le meilleur et pour le pire. Le pire étant la note de certains publicistes à l’examen de droit des contrats spéciaux, le meilleur étant certaines idylles nouées entre représentants des deux camps ennemis aux cours d’amphithéâtres communs…

Mais le temps des amphis communs, des souffrances aux oraux et des amours contre-nature serait en voie de disparition., si l’on en croit le professeur Fardet. Le tronc commun des études serait menacé par « l’hyperspécialisation », qui séparerait précocement publicistes et privatistes, pour le plus grand malheur des uns et des autres. Et surtout au détriment du droit administratif, dans la mesure où les effectifs des amphis de droit public sont plus légers que les effectifs des amphis de droit privé. Le remodelage des parcours de licence se ferait donc au détriment du droit administratif en général et des étudiants en particulier.

Nous serions, si jeunes et si débutants, déjà terriblement « has been ». Etudiants minoritaires voués à des matières facultatives.

Enfin pour l’instant le pire n’est pas encore certain. Le droit administratif occupe encore, du moins dans les établissements que les auteurs de ce blog connaissent, une place importante dans le tronc commun du parcours de licence. Et notre optimisme est encore total, notre foi de jeunes convertis à peine ébranlée. Nous croyons encore, pour l’efficacité de la formation universitaire en droit, à la complémentarité entre matières de droit public et matières de droit privé, et à l’importance d’un tronc commun d’enseignements. Nous croyons enfin, à la suite du professeur Fardet, que « le droit administratif est, et sera nécessaire, pour tout juriste ».

Alors, pour toutes ces raisons, pas touche à mon droit administratif !

(1) « Quelle place pour le droit administratif dans la licence en droit ? » Christophe Fardet, AJDA p1345.



Catégories :Droit administratif, Droit public, Tribunes

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1 réponse

  1. Si tout cela s’avère vrai et s’opère dans la réalité des universités de droit, le danger sera encore plus grand. Plusieurs concours nécessitent une connaissance générale du droit, faisant appel à une culture allant du droit administratif des biens au droit social. A titre d’exemple, le concours pour devenir administrateur parlementaire à l’Assemblée nationale nécessite de passer un concours portant sur le droit administratif, parlementaire, civil, pénal ou encore social. De même, il paraitrait que les cabinets d’avocat seraient en quête de généraliste afin de traiter un maximum d’affaires.
    Si tout cela s’avère vrai, l’université préparera-t-elle vraiment à l’entrée sur le marché du travail?

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